Perception visuelle des mots

 

Perception visuelle des mots

 

Selon Jocelyne Giasson (Les textes littéraires à l'école, Boucherville : Gaëtan Morin, 2000), un bon lecteur perçoit globalement et instantanément les mots, c’est-à-dire qu’il les perçoit dans leur entier et non lettre par lettre. Lorsqu’on reconnaît un mot, on ne perçoit donc pas nécessairement toutes les lettres individuellement, mais on s’attarde plutôt sur l’ensemble du mot. L’exemple suivant illustre ces propos sur la perception visuelle globale des mots.

 

Phrase 1

Lepetitchaperonrougeallaitvisitersagrandmèrequandilrencontraleméchantloup.

Phrase 2

Le petit chaperon rouge allait visiter sa grand-mère quand il rencontra le méchant loup.

Dans la première phrase, l’absence d’espacement entre les mots limite la capacité du lecteur de percevoir globalement chaque mot et rend sa lecture plus ardue.

Facteurs influençant la perception visuelle en lecture

Plusieurs facteurs tels la connaissance des mots rencontrés, la partie des lettres que l’on peut voir (partie supérieure ou inférieure), la présence des voyelles et des consonnes, la position des lettres dans le mot influencent la perception visuelle en lecture. Des précisions et des exemples relatifs à chaque facteur identifié s’imposent.

Perception visuelle liée à la connaissance des mots.

Lisez les trois mots suivants.

bonjour

sivapithèque

grzolvirmarg

Généralement, on perçoit plus rapidement les mots connus et ceux qui ont du sens. Ainsi, si un lecteur observe les mots de l’exemple ci-dessus, il est fort probable qu’il lira plus rapidement le mot bonjour, puisque c’est un mot connu utilisé couramment. Par contre, le mot sivapithèque pourrait être un peu plus difficile à reconnaître, car le lecteur ne le rencontre pas régulièrement dans ses lectures et n’en connaît peut-être pas la signification. Enfin, le mot grzolvirmarg sera le plus difficile à lire puisqu’il n’a pas de sens en français et ne ressemble pas aux mots usuels de cette langue.

Perception visuelle liée à la partie visible des lettres

Lisez cet extrait.

 

 

 

 

Solution :

Le paysage était spectaculaire. Les falaises semblaient se découper dans la nuit, comme une dentelle noire. Une lune inachevée dessinait les contours de la route. Ils roulaient ainsi au son des harmonies du concerto pour violon de Samuel Barber.

Marc Levy, Et si c’était vrai…, 2000, p.145.

Maintenant, lisez l’extrait suivant.

 

Solution :

 

Il comprenait maintenant que pour réussir, il fallait non seulement une bonne idée, mais aussi du courage, de la détermination, la capacité de ne pas se décourager, de se relever lorsqu’on tombait, de trouver chaque fois une manière d’ouvrir les portes qui s’étaient refermées.

Marc Fisher, Le Vendeur et le Millionnaire, 2003, p.115.

Comparez les situations. Laquelle des deux est la plus signifiante ? Savez-vous pourquoi ?

La partie supérieure des lettres d’un mot joue un rôle plus important dans la perception visuelle que la partie inférieure des lettres. La plupart des lecteurs constateront que le premier texte, dont la partie supérieure des lettres a été enlevée est plus difficile à lire que le second texte où on a supprimé la partie inférieure des lettres. En effet, la partie supérieure des lettres fournit plus d’informations au lecteur. Giasson et Thériault (1983) indiquent d’ailleurs « qu’il est plus facile de percevoir la partie supérieure des mots à cause de la présence des lettres pourvues de hampes ascendantes et de celle des accents, apostrophes et guillemets ».

Perception visuelle liée à la présence des voyelles et des consonnes

Les voyelles de cet extrait ont été enlevées. Lisez-le.

« S_ l_s pr_m__r_s _nn_s d_ l_ g__rr_ _v_ _ _nt _t_ _xc_t_nt_s, c_mm_ _n v_y_g_ _n m_r, n_ _s r_ _l_s_m_s, _n 1943, q_ _ l_s v_g_ _s _t_ _ _nt tr_p h_ _tes p_ _r n_s fr_l_s _mb_rc_t_ _ns. N_ _s p_ns_m_s c_ _l_r. _t n_mbr_ d’_ntr_ n_ _s s_mbr_r_nt. L_ v_e _t_ _t d_v_n_ _ tr_s d_ff_c_l_. _t p_ _s, s_ns v _ _l_ _r l’_dm_ttr_ n_ _s c_mm_nc_ _ns _ n_ _s _nt_rr_g_r s_r l’_ss_ _ d_ l_ g_ _rr_ ».

Solution :

« Si les premières années de la guerre avaient été excitantes, comme un voyage en mer, nous réalisâmes, en 1943, que les vagues étaient trop hautes pour nos frêles embarcations. Nous pensâmes couler. Et nombre d’entre nous sombrèrent. La vie était devenue très difficile. Et puis, sans vouloir l’admettre nous commencions à nous interroger sur l’issue de la guerre ».

Arthur Golden, Geisha, 1997, p.417

Lisez maintenant un extrait où les consonnes ont été enlevées.

« I_ _ou_ai_ _a_aî_ _e a_ _u_ _e _’e_ _aye_ _e _é_é_e_ _e _e_i_ _a_ _o_ _ue _’a_ai_ é_é ; _ai_ _e _e _oyai_ _a_ _’au_ _e _ _e_i_ _ou_ _e_ _e_ _e _e_ _ou_e_ _a _i_io_ _u _e_i_ _au_a_e, _e_ é_a_ _ _a_a_i_ue e_ _oé_i_ue _a_ _ _e_ue_ _’a_ai_ _ai_ _é _u_ _u’à _a _o_ _ _e _o_ _è_e. _’é_ai_ _ _ê_ à _ou_ _ou_ _e_ _i_e_ à _ou_eau _’ai_ _e _e_ _e é_o_ue où _’a_ai_ e_ _o_e _e_ _a_e_ _ _, où _a _è_e _’ai_ait _’u_ a_ou_ _ue _e _ _oyai_ é_e_ _e_ ».

Solution :

« Il pouvait paraître absurde d’essayer de répéter le petit garçon que j’avais été ; mais je ne voyais pas d’autre chemin pour tenter de retrouver la vision du Petit Sauvage, cet état chamanique et poétique dans lequel j’avais baigné jusqu’à la mort de mon père. J’étais prêt à tout pour respirer à nouveau l’air de cette époque où j’avais encore des parents, où ma mère m’aimait d’un amour que je croyais éternel ».

Alexandre Jardin, Le Petit Sauvage, 1992, p.58

Lequel des deux est le plus signifiant ? Pour quelles raisons en est-il ainsi ?

Généralement, les voyelles sont moins importantes que les consonnes dans la perception visuelle d’un mot. La majorité des lecteurs indiqueront que le premier texte, auquel on a supprimé les voyelles, est plus facile à déchiffrer que le second texte dont on a enlevé les consonnes. Effectivement, puisque le français comprend beaucoup plus de consonnes que de voyelles, le lecteur se base surtout sur les consonnes pour identifier un mot.

Perception visuelle liée à la position des lettres dans le mot

Nous avons enlevé certaines lettres de cet extrait. Faites-en la lecture.

C’ét_it u_e be_le jou_née d’é_é. L_ sol_il br_llait e_ l_s nu_ges vag_bondaient d_ns l_ c_el, s_ns en_rain. L_ ve_t souff_ait dou_ement s_r m_ p_au e_ j_ pr_fitais d_ cet_e b_ise p_ur m_ ra_raîchir u_ p_u. L_ c_aleur d_ l_ mat_née a_ait é_é insuppo_table, m_is mai_tenant q_e l_ ve_t s_ le_ait, j_ se_blais so_tir d’u_ lo_g somm_il. Paress_usement, j_ m’é_irais e_ t_ut se_s es_érant va_ncre m_ létha_gie. Apr_s to_t, l_ s_irée s’annon_ait lon_ue…

Solution :

C’était une belle journée d’été. Le soleil brillait et les nuages vagabondaient dans le ciel, sans entrain. Le vent soufflait doucement sur ma peau et je profitais de cette brise pour me rafraîchir un peu. La chaleur de la matinée avait été insupportable, mais maintenant que le vent se levait, je semblais sortir d’un long sommeil. Paresseusement, je m’étirais en tout sens, espérant vaincre ma léthargie. Après tout, la soirée s’annonçait longue…

Maintenant lisez cet extrait où nous avons enlevé la première lettre des mots.

_omme _ous _es _undis, _arie _e _endit _ _a _are. _lle _rouva _n _anc _rès _e _’entrée _uméro _ept, _à _ù _e _rain _n _rovenance _e _t-_dmond _evait _rriver. _lle _ttendit, _omme _haque _ois, _urant _nviron _ne _eure. _uis, _e _ignal _trident _ndiquant _’arrivée _u _onstre _écanique _etentit. _arie _e _eva _lors _our _ller _ccueillir _es _assagers. _lle _bserva _n _ _n _es _ens _ui _escendaient _u _rain, _herchant _n _ain _a _ersonne _u’_lle _ttendait _epuis _aintenant _lus _’ un _n.

Solution :

Comme tous les lundis, Marie se rendit à la gare. Elle trouva un banc près de l’entrée numéro sept, là où le train en provenance de St-Edmond devait arriver. Elle attendit, comme chaque fois, durant environ une heure. Puis, le signal strident indiquant l’arrivée du monstre mécanique retentit. Marie se leva alors pour aller accueillir les passagers. Elle observa un à un les gens qui descendaient du train, cherchant en vain la personne qu’elle attendait depuis maintenant plus d’un an.

Quelle différence faites-vous ? Sauriez-vous expliquer pourquoi ?

La position des lettres dans un mot influence également la perception visuelle. Ainsi, une lettre placée en début de mot n’aura pas la même influence qu’une autre placée ailleurs dans le mot. Généralement, c’est la première lettre du mot qui a le plus de poids dans la perception visuelle. C’est la raison pour laquelle le second texte auquel on a enlevé la première lettre de chaque mot est plus difficile à déchiffrer que le premier.

L’aspect cognitif intervient particulièrement durant la lecture. Le lecteur face à un texte émet des hypothèses à partir d’indices sémantiques, syntaxiques, phonologiques, morphologiques et visuels. Si les hypothèses sont confirmées, il intègre l’information et dans le cas contraire, il revient en arrière émettre d’autres hypothèses. Nous faisons ces hypothèses à partir de notre connaissance implicite de la langue et notre connaissance sur le monde.

Différents processus sont utilisés lors de la lecture et ce, d’une façon simultanée. Ainsi, lors des premiers apprentissages, il est important de travailler la reconnaissance des mots, le vocabulaire global et la discrimination visuelle des lettres.

 

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Commentaires (1)

Boisson
  • 1. Boisson | 05/02/2012
Interressant mais une partie des textes notamment ceux dont le haut et le bas sont masqués sont absents!

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